Historique - Le Château

La belle bâtisse construite autour d’une ancienne maison forte agrémentée de fenêtres à meneaux de style renaissance, entourée d’un verger et d’un vaste jardin au hameau de la Ville, est un édifice chargé d’histoire. Dans le pays, on l’appelle ‘le Château’ et on en fait l’ancienne demeure des évêques de Grenoble. Pourtant des incertitudes subsistent au sujet de cette demeure qui est loin d’avoir livré tous ses secrets.

Il existe de nombreux documents concernant l’époque où Venon était une paroisse dépendant de l’évêché de Grenoble et où l’évêque avait sa maison forte à Venon.

Au XI siècle la paroisse de Venon appartient à l’évêché de Grenoble et lui paie la dîme.

Au XII siècle le cartulaire de Saint-Hugues – livre manuscrit – mentionne des droits perçus par l’évêque sur le mandement de Venon.

Au XIV siècle, le 4 juin 1340, première mention est faite d’une visite pastorale de l’Evêque de Grenoble. « L’Evêque vient coucher en sa maison de Venon (Venone) où il passe la veille et la fête en Pentecôte. Ce jour plusieurs chevaliers dînent avec lui. » (Registre dauphinois tome V p.827 n°30530).

En 1349 et 1350, deux visites pastorales de l’évêque Jean II de Chissé sont relevées dans les archives. La présence d’un ‘castrum’, d’une ‘maison forte’ appartenant aux évêques de Grenoble ne saurait donc être mise en doute.

A partir du XV siècle les documents relatifs à la présence de l’évêché à Venon se font rares.

Ils reprennent deux siècles plus tard avec la première visite pastorale de l’évêque Etienne le Camus en 1672 à Venon. Il est fait mention de l’église « en état pitoyable » qui « est joignant du vieux château » dont il ne reste que « des masures et un petit logement qui appartient au seigneur ». De quel vieux château s’agit-il ? De l’ancienne maison des évêques ? Le compte-rendu fait pour la première fois allusion à « la maison que les religieuses de Sainte-Marie possèdent dans l’étendue de la paroisse et à une chapelle dans laquelle on ne dit plus la messe ».

Quelle relation y a-t-il entre la maison que les religieuses de Sainte-Marie possèdent et l’ancien ‘castrum’ des évêques ? Y aurait-il eu deux châteaux ? L’un « joignant » de l’église, en ruines, l’autre propriété des Dames de Sainte-Marie ?

 

De nombreux documents font état de la présence des dames de la Visitations à Venon. Un procès intenté en 1760 par elles à Ennemond Coquet cultivateur indique que « les Dames Religieuses de la Visitation possèdent en toute propriété un domaine situé au lieu de Venon qu’elles ont acquis de Messire Jean-Baptiste de Mistral, Seigneur baron de Montmirail par un acte du 19 août 1670. »

L’acte d’acquisition indique que Messire de Mistral a vendu « purement, simplement et irrévocablement dès maintenant aux sœurs du Monastère de la visitation Sainte-Marie aux Très-Cloîtres de cette ville (…) au lieu-dit de Venon une propriété consistant en maison, grange, cour et plassages, vignes, bois, outils, labourages, bestiaux(…)». L’acte, difficile à déchiffrer, porte la signature « de Mistral » ainsi que celle des trente sœurs du Couvent. Il s’agit bien du ‘Château de Venon’ tel qu’il existe aujourd’hui.

Depuis 1672, les Dames de la Visitation, désignées aussi du nom de Dames du deuxième Monastère de Sainte-Marie d’en Bas sont propriétaires du domaine du Château à Venon. Les documents indiquent qu’elles ont un banc à l’église de Venon, assistent à des cérémonies religieuses mais ne séjournent pas dans leur maison. Elles demeurent au monastère de Sainte-Marie d’en Bas rue Très-Cloîtres à Grenoble. Le domaine de Venon est loué à des fermiers dont elles tirent un revenu soit en argent soit en nature.

 

A la révolution de 1789, les biens d’église sont confisqués. Devenus biens nationaux, les domaines des Dames de la Visitation sont vendus aux enchères à Grenoble le 31 mars 1791. Ils sont au nombre de trois : le domaine du Château, le domaine de Pressembois, et un troisième plus petit à Cufret (aujourd’hui Cul-Froid) et Grands Champs.

On retrouve une description sommaire des bâtiments faite par les experts Cousin et Ravannat quelques mois avant la vente du domaine du Château et un plan détaillé des terres faisant partie du domaine et l’évaluation de leur rapport. Les experts distinguent un premier corps formant une ancienne maison habitée par le fermier. S’y ajoutent un surplus de ce corps de bâtiment encore en service et des terres environnantes détaillées sur une carte. Il s’agit bien du ‘Château de Venon’.

Evaluée à 54200 livres, la propriété fut achetée par Mme de Chaléon par l’intermédiaire de son mari. Le domaine de Pressembois pour lequel « il y a soumission et offre de la part de Laurent Mazuel résidant à Venon » pour la somme de départ de 11525 livres 16 sols, fut finalement acquis par Mme de Chaléon pour la somme de 16000 livres. Seul le petit domaine de Cufret put être racheté par un habitant de Venon, Claude Mazuel, pour 1500 livres.

La propriété fut revendue à plusieurs reprises au cours du XIX siècle et du XX siècle mais dans le pays le ‘Château’ de Venon est toujours considéré comme l’ancienne demeure des évêques. Le souvenir de leur présence s’est conservé dans les mémoires alors que leur vieux château n’existe peut-être plus. Par contre nul ne se souvient plus des Dames de la Visitation de Sainte-Marie d’en bas alors que la ‘maison’ qu’elles ont possédée au hameau de la Ville est toujours là. Interversions, croyances font aussi partie de l’histoire.

Rappelons que l’actuelle propriétaire, Mme Joëlle Cartaud, l’a magnifiquement restauré et qu’il a vocation à devenir un lieu de réception digne de sa longue et passionnante histoire.

 

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