Historique - L'Eglise

L’église de Venon, très ancienne, est mentionnée au XI siècle (Venone) dans le cartulaire de Saint-Hugues (1080-1132) au temps où l’évêché de Grenoble échangeait des terres avec les seigneurs locaux et prenait pied dans Gières, Muriannette, Venon. Présence confirmée au 14ème siècle : les évêques de Grenoble y possèdent un château (castrum) ou maison forte dans laquelle ils séjournent à l’occasion de fêtes religieuses. (Voir plus loin le Château). 

Les relations entre l’évêché et la paroisse de Venon sont étroits car il est relaté que, entre 1409 et 1420, Pierre Raillet, chapelain de l’évêque Aymon de Chissé est aussi curé de Venon. Au XV siècle le ‘pouillé’ de François Dupuy, sorte de livre de comptes des évêchés et des abbayes, mentionne l’église de ‘Venone’ et indique qu’elle a pour patron Saint-Christophe.

 

Après cette période de liens étroits avec l’évêché succède une période de déclin, il faut attendre le XVII siècle pour entendre parler à nouveau de l’église dans le compte-rendu de la visite pastorale que Joseph de la Poype Saint-Tullins, chanoine de Saint-Chef et vicaire général de l’évêque et prince de Grenoble fait à Venon. Nous sommes en 1667, le onzième du mois d’août : « Ce même jour ledit Seigneur est arrivé en l’église paroissiale de Venon où il n’a trouvé aucun curé et étant entré dans ladite église il a remarqué qu’il n’y avait point de tabernacle. Le Cœur de ladite église n’est point blanchi ni paré…il pleut en quelques endroits sur la voûte. Ordonné aux Seigneurs dirimant de faire blanchir, parer et rigottoyer ledit Cœur…item ordonné que dans une année les habitants feront lambrisser la nef et feront mettre des vistres aux fenêtres. Le Cimetière est tout ouvert. Ordonné que dans l’année on fera fermer ledit Cimetière. Il n’y a point de clocher, n’y ayant qu’une petite cloche au-dessus de la porte…La visite s’est faite en présence de Claude Boutet, procureur de ladite Eglise et Messire François Bernard Jacques Fresne, habitants de ladite paroisse. »  

La description qui est faite de l’église laisse une impression de pauvreté voire d’abandon. On relève le nom de Jacques Fresne, ancêtre de la famille Fresne toujours présente à Venon.

Venon semble avoir traversé une période de grande pauvreté en ce dernier tiers du 17ème siècle, les habitants se plaignent qu’il n’y a pas d’enfants pour répondre au curé pendant la messe.

 

Au XVIII siècle, le dixième jour du mois de juin de l’année 1732, le ton change, la visite pastorale de l’évêque Jean de Caulet décrit un village vivant et une église mieux tenue: « Cette paroisse consiste en 29 maisons distribuées en plusieurs hameaux dont les principaux sont La Ville, La Faurioz et les Perroud, contenant environ 150 habitants parmi lesquels est une sage-femme suffisamment instruite et dont les communiants sont au nombre de 100 (…) ». L’église est de 4,5 toises de longueur sur 2,5 toises de largeur, elle est lambrissée, couverte de tuiles creuses et pavée de briques, son entrée surmontée d’un clocher en forme de tour carrée finissant en flèche. Le compte-rendu ajoute « il y a dans l’étendue d’icelle un château appartenant aux Dames de la Visitation et une masure appartenant aux évêques de Grenoble. ».

 

Les grands changements interviendront après la révolution de 1789. Venon est à présent une commune. Suite à la confiscation des biens d’église décrétée par l’Assemblée Constituante le 2 novembre 1789, l’église de Venon devient propriété communale. Les biens de la Cure, confisqués en 1789 et décrétés biens nationaux, sont vendus aux enchères en 1791 et rachetés par un particulier Mr Jacques Victor Girard. Cette vente pesa lourd sur la vie religieuse des Venonais car elle les priva d’un domicile pour leur prêtre et des revenus de son jardin.

Le Concordat, signé en 1801 entre le Gouvernement et le Pape, règle tant bien que mal le problème du rapport de l’Eglise et de l’Etat. Propriétaires des églises, les communes ont la charge de leur entretien. En revanche, il appartient à l’Etat de verser ‘un traitement convenable’ aux membres du clergé séculier, évêques, curés, vicaires, desservants.

Venon, commune trop petite pour bénéficier d’un prêtre, est rattachée en 1805 à la succursale de Gières pour le culte. « Une succursale est une église qui vient au secours des habitants trop éloignés du lieu de culte (du latin succurrere, secourir)». Mais les Venonais qui bénéficiaient d’une église jusqu’à la révolution n’ont aucune envie d’être ‘secourus’ par Gières pour leur vie religieuse. A partir de 1809, ils adressent pétition sur pétition au préfet, au ministre des cultes et à l’évêque pour protester contre leur rattachement à Gières pour le culte et sollicitent l’érection de leur église en succursale ou à défaut en chapelle. En vain. Pendant 30 ans les habitants de Venon se sont rendus à Gières pour le culte malgré la distance, les mauvais chemins, les intempéries, la neige en hiver.

 

Les problèmes religieux des Venonais ne seront résolus qu’à la deuxième moitié du XIX siècle avec le retour d’un curé et la construction d’un nouveau presbytère, belle bâtisse en pierre inaugurée en 1863. La commune rachète également l’ancienne cure réhabilitée en mairie et en école (voir plus loin l’Ecole).

L’agrandissement et la transformation de l’église, projetés dès 1856, parviennent à se réaliser entre 1872 et 1874 au prix de péripéties multiples et de dépenses ajoutées aux dépenses car au moment de la reconstruction du clocher la voûte de l’église s’effondre, véritable ‘catastrophe’ ou ‘cataclysme’ selon le témoignage des habitants. L’église est achevée en 1876 sous l’aspect néoclassique que nous lui connaissons avec la forme pyramidale actuelle de son clocher. Pour plus de précisions sur les plans de reconstruction du clocher.

 

L’église traverse le XX siècle en conservant l’aspect que les travaux du XIX siècle lui ont donnés, l’intérieur est décoré dans le goût de l’époque, un enduit de peinture bleue avec motifs d’étoiles couvre le revêtement des murs. D’importants travaux sont entrepris à partir des années 1990. En 2010, des peintures sont découvertes sous la couche d’enduit du siècle précédent, elles datent peut-être du XVIII siècle et sont en cours de restauration.

Il semble que les presbytères ont vocation à être transformés puisqu’aux alentours des années 1980 le presbytère construit à grands frais au siècle précédent cesse de servir de logement au curé, devenu vacant il sera transformé en logements locatifs avant d’être converti en mairie en 1993. Image du nouveau Venon, la commune dispose à présent d’un vaste espace pour sa mairie et d’une église rénovée.

 

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